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Mardi 17 août 2 17 /08 /Août 07:00

 

stlouis old cathedral

 

La “vieille” cathédrale de Saint-Louis (Missouri), dans son état actuel, où Simon Bruté reçut le sacre épiscopal

 

 

 

X.

L’évêque Bruté arrive à Vincennes et commence à édifier son diocèse

 


Le 28 octobre 1834, en la fête des Apôtres Simon et Jude, l’évêque Simon Bruté reçut la consécration épiscopale de l’évêque Joseph Rosati à Saint-Louis. Il aurait souhaité être sacré le jour de la fête du Très Saint Rosaire, en raison de sa dévotion pour la Sainte Mère, mais le délai était trop court pour les préparatifs. L’évêque John Baptist Purcell de Cincinnati prêcha pour l’occasion. Il choisit comme texte : « Pierre, m’aimes-tu plus que ceux-là ? ». L’Evangile de la Messe était celui du serviteur qui n’est pas plus grand que son maître.

Le jour suivant, l’évêque Bruté publia une lettre pastorale pour les fidèles de son diocèse (c’est l’évêque Purcell qui l’avait fait imprimer pour lui). « Aussi indigne que je sois d’un si grand honneur, et par moi-même peu à la hauteur de la charge, je ne place ma confiance qu’en Dieu, et par conséquent j’en appelle avec ferveur à vos prières afin que j’obtienne Sa divine assistance, moi qui suis votre premier pasteur. »

Il plaça sa cathédrale sous le patronage de saint François-Xavier, patron des missionnaires, et sous diocèse sous la protection de Notre Dame « pour qui, comme ce fut la disposition d’esprit constante de l’Eglise, tous les chrétiens entretiennent la plus tendre dévotion. »

L’évêque Bruté arriva à Vincennes une semaine plus tard. Il fut immédiatement installé par son vieil ami l’évêque Benoît-Joseph Flaget de Bardstown, qui avait été missionnaire à Vincennes 46 ans plus tôt.

Dans une lettre à une fondation charitable autrichienne, l’évêque Bruté fait la description de sa cathédrale : « L’église cathédrale, un bâtiment entièrement en briques de 115 pieds de long sur 60 de large [35 m sur 18 m], se compose de quatre murs et d’un toit, qui ne sont ni enduits de plâtre ni même passés à la chaux. Pas de sanctuaire, pas même un endroit pour conserver les ornements et les vases sacrés. Tout juste un simple autel en bois, un tabernacle doré avec soin, une croix d’autel et six beaux chandeliers, un cadeau de France, qui contrastaient beaucoup avec la pauvreté et l’indigence absolue de l’endroit. La maison construite pour le missionnaire, et désormais la résidence épiscopale, se compose d’une pièce petite mais confortable et d’un cabinet – 25 pieds par 12 [7,6 m par 3,6 m] –, toutefois sans cave ni mansarde. Un lopin de terre, pour jardin, s’étend entre l’église et, de l’autre côté, le cimetière catholique. » A proximité il y avait une écurie « prête pour le cheval de l’évêque quand il sera capable d’en acquérir un. »

L’évêque Bruté a décrit dans le détail sa cathédrale pour illustrer la pauvreté de son nouveau diocèse et son pressant besoin d’aide pour pourvoir aux exigences élémentaires. Il plaida pour obtenir des financements afin de pouvoir « éduquer les jeunes gens qui se destinent au sacerdoce et édifier ces institutions de charité pour les orphelins ou autres, sans lesquelles la religion ne saurait jamais être fermement établie. »

Au début, l’apostolat de l’évêque se concentra essentiellement sur Vincennes. Il a écrit que les gens étaient « pour la plupart d’origine française, pauvres, illettrés, mais avec cette sorte de disposition ouverte et vive qui trahit leur origine. Ils conservent leur foi, aiment leurs prêtres, mais négligent d’accomplir leurs devoirs religieux. Ils sont aussi négligents à apprendre à leurs enfants leurs prières et le catéchisme ce qui leur a occasionné de l’oublier eux-mêmes. »

Le nouvel évêque ne fut pas le bienvenu dans certains secteurs.

Un ministre écrivit dans un journal protestant : « Vous êtes sans doute au courant que le Pape a récemment constitué l’entièreté de ce riche mais négligé territoire, en diocèse avec Vincennes comme siège déclaré. Oui, “l’Homme de perdition” s’est déjà de lui-même établi ici et le “mystère d’iniquité” commence son ouvrage de manière effrayante. L’évêque récemment consacré vient tout juste d’arriver avec deux prêtres, et a pris possession, sans contestation, de la plus importante ville de l’Etat. »

Un habitant d’Evansville, qui avait lu l’histoire de “l’Homme de perdition”, arriva à Vincennes disant qu’il voulait se rendre compte par lui-même.

– L’Homme de perdition ? Vous voulez dire moi ?, demanda l’évêque Bruté.

– Oui Monsieur, je veux dire vous. Ils m’ont dit que je pourrai vous voir dans toute votre infernalia, lui dit l’homme.

– Je pense que vous voulez dire paraphernalia. Eh ! bien, entrez et je vais voir ce que je peux faire pour vous.

L’évêque se revêtit de sa croix pectorale, de sa chape et sa mitre, et empoigna sa crosse pour que l’homme vit.

– Voilà, dit-il, à présent vous avez vu l’Homme de perdition. Vous pouvez rentrer chez vous et en parler aux gens d’Evansville.

– Cela vous pouvez y compter, Monsieur. Car ce ne sont là que des paraphernalia, tout juste comme vous me l’avez dit. Et pourtant, ils m’avaient bien dit que c’étaient des infernalia.


A partir de ce cadre primitif et en cinq courtes années, l’évêque Bruté, nullement découragé, réussir à asseoir solidement son diocèse.

 

 

Demain :

XI. Les efforts héroïques de l’évêque Bruté nourrissent le catholicisme en Indiana

 

 

© Most Rev. Daniel M. Buechlein, Archbishop of Indianapolis, Indiana.

© Daniel Hamiche pour la traduction française.

 

 


 

Par Daniel HAMICHE - Publié dans : Prêtres, religieux, missionnaires français aux USA
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Lundi 16 août 1 16 /08 /Août 12:00

 

Outre le fait d’être un brillant canoniste et bien utile blogueur, Edward Peters tient également un compte très exact des sièges épiscopaux vacants, de ceux dont l’ordinaire a dépassé ou va dépasser les 75 ans fatidiques. Voici la situation présente au 15 août, c’est-à-dire hier :

1. Sièges vacants :

– San Antonio (Texas) depuis avril de cette année ;

– Orlando (Floride) depuis avril de cette année ;

– Rapid City (Dakota du Sud) depuis juin de cette année.

Le Code de droit canonique de 1983 prescrit, sans préciser le délai, que le soin des âmes exige qu’on ne repousse pas, sans raison sérieuse, la nomination à un siège vacant. Celui de 1917 fixait ce délai à six mois au plus. Il est probable que les deux sièges vacants seront pourvus cet automne.

2. Ordinaires toujours en poste mais qui ont dépassé les 75 ans :

– Archevêque Alexander Brunett (Seattle, Washington) depuis janvier 2009 ;

– Archevêque Eusebius Beltran (Oklahoma City, Oklahoma), depuis août 2009 ;

– Evêque Kevin Boland (Savannah, Géorgie), depuis avril 2010 ;

– Cardinal Archevêque Justin Rigali (Philadelphie, Pennsylvanie), depuis avril 2010 ;

– Evêque Carlos Sevilla (Yakima, Washington), depuis août 2010 ;

– Evêque Joseph Adamec (Altoona-Johnstown, Pennsylvanie), depuis août 2010 ;

– Evêque John McCormack (Manchester, New Hampshire), depuis août 2010.

3. Ordinaires qui atteindront les 75 ans avant la fin de l’année :

– Evêque Fabian Bruskewitz (Lincoln, Nebraska), en septembre 2010 ;

– Evêque Victor Galeone (St. Augustine, Floride), en septembre 2010 ;

– Evêque Paul Zipfel (Bismarck, Dakota du Nord, en septembre 2010 ;

– Evêque Gerald Gettelfinger (Evansville, Indiana), en octobre 2010.

Pendant que le père nous livre de si utiles tableaux, son fils, Thomas Peters recueille les rumeurs qui circulent sur certaines nominations. On les trouvera ici.

 

 

 

 

Par Daniel HAMICHE - Publié dans : épiscopat
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Lundi 16 août 1 16 /08 /Août 07:00

 

 

 

IX.

Le Père Bruté est appelé à diriger un nouveau diocèse en Indiana

 

 

En 1833, les évêques réunis pour le deuxième concile provincial de Baltimore, envoyèrent le nom du Père Bruté à Rome afin qu’il devienne l’évêque du nouveau diocèse qu’il convenait d’ériger pour l’Indiana et l’Illinois oriental : le diocèse de Vincennes.

Le Père Bruté était devenu l’un des plus respectés théologiens et conseilleurs de nombreux évêques de ce temps et tout particulièrement des conciles de Baltimore.

Quand le Père Bruté eut vent que sa nomination partait pour Rome, à la fin de 1833, il fit tout ce qu’il put pour convaincre chaque évêque qu’on ne devait pas le nommer évêque. Dans une lettre à Joseph Rosati, évêque de Saint-Louis, il dit qu’à l’âge de 54 ans il se sentait prématurément vieilli et qu’il était en mauvaise santé : « Cette année, ma santé à fléchi si vite que tout le monde pensait que j’étais sur mon déclin. »

En fait, il aurait bien pu être déjà atteint de la tuberculose qui allait l’emporter. Il affirmait qu’il était infirme et qu’il lui serait impossible de monter à cheval pour parcourir les pistes des missionnaires. Il se disait même atteint de mélancolie. Il avançait l’argument qu’il n’était qu’un solitaire : « Vous avez constaté que j’ai évité tous les banquets lors du concile. Je n’ai acquis aucun des usages américains et, tout bien considéré, je suis inapte à les jamais acquérir. Je suis toujours avec mes livres dans mon coin au troisième étage ou chez les Sœurs. »

Il protestait en disant que les religieuses et ses étudiants étaient « habitués à son anglais mâtiné de hollandais ou de français », mais que personne ne lui demandait de prêcher : « Ayant perdu très tôt toutes mes dents, et m’étant négligé de plus en plus, je suis incapable de parler en public. »

Il prétendait que de défaut principal qui le disqualifiait pour être évêque était son absence totale de capacité administrative.

C’était le sens général des arguments que le Père Bruté avançait lorsque, en juillet 1834, arrivèrent de Rome les documents érigeant le diocèse de Vincennes et le nommant pour être son premier évêque. Ils écrivit à ses amis évêques : Rosati, Flaget et David, Chabrat et Purcell, tous les évêques de l’« Ouest » – Saint-Louis, Bardstown et Cincinnati. Il s’abandonnait à leur décision. C’est d’une voie unanime qu’ils lui dirent d’accepter. Il n’avait plus d’autre choix. Dans la prière, l’évêque élu s’en remit à la volonté de Dieu.

En vérité, la pensée de se rendre dans les régions sauvages de l’Indiana et de l’Illinois parlait à son cœur missionnaire et pastoral.

Le nouvel évêque dut emprunter de l’argent pour se rendre dans le treizième diocèse fondé dans le Nouveau Monde. Il n’eut pas les moyens d’emballer et d’expédier sa chère bibliothèque. Elle suivra plus tard. Il possédait 240 $ que les Sœurs  de Mère Seton à St. Joseph avaient quêtés pour lui. Sa précieuse bibliothèque et une montre en or qu’on lui avait offerte, constituaient ses seuls biens. Plus tard, il demanda qu’on lui envoie le crucifix de laiton qu’il avait dans la pièce où il recevait les confessions de ses chères Sœurs, y compris celle de la future sainte Elizabeth Ann Seton. Il laissa un mot d’adieu à Mère Rose White, la supérieure qui avait succédé à Mère Seton : « Priez, priez pour Simon. » Et il entreprit son périple en descendant l’Ohio sur un bateau à vapeur. Sur son chemin il fit des arrêts à Cincinnati et à Louisville. Il put alors retrouver son vieil ami et mentor l’évêque Benoît-Joseph Flaget de Bardstown, qui a rapporté ses impressions sur l’évêque élu : « Durant les cinq jours que j’ai passés en compagnie de ce successeur des Apôtres, je n’ai rien fait d’autre que d’écouter, d’admirer et de bénir la Providence qui atteint ses fins par des moyens inexplicables, ce qui, aux yeux du monde, n’apparaît que comme pure folie. »

 

 

« L’apparence quelque peu singulière de cet excellent prélat, le mouvement perpétuel de ses doigts, de ses mains, de sa tête et de tout son corps pendant qu’il s’exprime, son anglais totalement prononcé à la française et sortant d’une grande bouche édentée sembleraient le rendre complètement inefficace pour la fonction qu’on lui avait assignée, pour ne pas dire risible ou ridicule. Mais ! mon Dieu [en français dans le texte], quand il célèbre la Sainte Messe, quand il parle de Jésus-Christ, de Son amour pour les êtres humains, mon cœur se dilate et est enflammé comme ceux des disciples d’Emmaüs. Je suis transporté. Alors j’espère contre toute espérance et je prévois les miracles sur miracles qui seront ouvrés par ce vénérable Apôtre. Au cours des temps, l’Eglise a appris qu’avec Dieu toutes choses sont possibles. »

L’évêque élu et son ami, l’évêque Flaget, se mirent en route pour Saint-Louis où Simon devait recevoir le sacre épiscopal des mains de l’évêque Rosati. Ils voyagèrent, cette fois, par voie de terre car le nouvel évêque de Vincennes voulait visiter, en route, la ville de son siège.

 

  Ancienne cathédrale Vincennes St Fr Xavier

 

L'ancienne église Saint-François Xavier (1732) de Vincennes qui allait devenir la cathédrale de Simon Bruté

 


Demain :

X. L’évêque Bruté arrive à Vincennes et commence à édifier son diocèse

 

 

© Most Rev. Daniel M. Buechlein, Archbishop of Indianapolis (Indiana)

© Daniel Hamiche pour la traduction française.

 

 

 

Par Daniel HAMICHE - Publié dans : Prêtres, religieux, missionnaires français aux USA
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Dimanche 15 août 7 15 /08 /Août 12:00

 

cns logo

 

 

 

Il y a vingt ans jour pour jour, le vénérable Jean-Paul II publiait la constitution apostolique Ex Corde Ecclesiæ qui, tout en établissant les normes devant régir tout établissement d’enseignement supérieur catholique, réaffirmait l’autorité de chaque évêque diocésain, en vertu de son munus docendi, en matières d’identité et de doctrine catholique, et rappelait le devoir des établissements catholiques à respecter leur identité propre.

Pour les Etats-Unis, c’était le rappel à l’ordre nécessaire après vingt ans d’errements nés du Land O’Lake Statement – une déclaration signée par les présidents des plus célèbres universités catholiques américaines déclarant leur indépendance de toute autorité autre que la leur, et même de celle de l’Eglise… J’ai à plusieurs reprises dans ce blogue dénoncé les trahisons systématiques d’Ex Corde Ecclesiæ dans de nombreuses universités américaines dites “catholiques”.

C’est cette constitution apostolique qui est à l’origine de la naissance, quelques années plus tard en 1993, de la Cardinal Newman Society (CNS) fondée par de jeunes anciens de facultés et d’universités catholiques – dont Patrick J.  Reilly, le courageux président de CNS – qui l’ont prise au sérieux er se sont associés pour la faire appliquer afin de renouveler et de renforcer l’identité catholique dans les établissements d’enseignement supérieur catholiques.

CNS contribuera efficacement à aider les évêques américains à mettre au point leurs propres directives d’application d’Ex Corde Ecclesiæ en 1999, directives qui seront approuvées ultérieurement par le Saint Siège (ce qu’on appelle la recognitio).

Pour célébrer ce vingtième anniversaire, la CNS publie un exposé complet sur cette constitution apostolique, ce qu’elle est, pourquoi elle a été rendue nécessaire et sa chronologie. Un excellent travail de synthèse qui mérite d’être découvert.

CNS est aujourd’hui forte de plus de 20 000 adhérents, publie un célèbre classement des établissements d’éducation supérieur authentiquement catholiques – ils sont fort peu nombreux ! – et continue son noble et courageux combat au jour le jour pour faire appliquer Ex Corde Ecclesiæ, un combat qui a déjà donné de très beaux fruits.

Prions Notre Dame au titre de son Assomption, pour le triomphe complet de l’identité catholique des établissements d’enseignement catholiques aux Etats-Unis… en en France !

Joyeuse et sainte fête de l’Assomption à tous nos amis américains et à tous les lecteurs de ce blogue !

 

 

 

Par Daniel HAMICHE - Publié dans : enseignement catholique
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Dimanche 15 août 7 15 /08 /Août 07:00

 

Elizabeth Ann Seton médaille

 

 

 

 

VIII.

L’apostolat du Père Bruté auprès d’une future sainte

 

 

La vie du futur évêque de l’Indiana fut, pendant vingt ans, intimement liée à celle d’une future canonisée.

Pendant qu’il vivait au Maryland, le Père Simon Bruté procura ses soins pastoraux et spirituels à Mère Elizabeth Ann Seton et ce jusqu’à ce qu’elle décède le 4 janvier 1821. Il nous a laissé le témoignage détaillé de ses derniers jours. Le 6 octobre 1820, il écrivait : « J’ai découvert ce matin qu’elle avait observé le jeûne depuis la veille au soir pour recevoir sa communion quotidienne, tant elle était effrayée qu’on ne lui la donnât pas. Malgré ma désapprobation, je ne puis que la lui donner. Sa joie était si peu ordinaire que lorsque je m’approchai pour placer le ciboire sur la petite table, elle éclata en pleurs et, tout en sanglotant bruyamment, elle couvrait son visage de ses mains. »

Le jour même de son décès il écrivit : « Vers minuit, une des infirmières me raconta qu’elle lui avait proposé de boire mais qu’elle avait refusé un moment “dans l’espoir, lui a-t-elle dit, de pouvoir au matin communier une fois de plus…” ». Bien que le Père Bruté demeurât en contact lors de ses dernières heures, il ne put arriver auprès d’Elizabeth qu’un quart d’heure après sa mort. « Oh ! tant reconnaissante » furent ses dernières paroles. Elle fut inhumée dans le bois voisin de son couvent au milieu des autres sœurs décédées avant elle.

Le Père Bruté a écrit d’elle : « Ô, quelle Mère ! Tant de foi et d’amour ! Tant d’esprit de prière vraie, d’humilité vraie, d’abnégation vraie en tout et de charité vraie pour tous ! (…) Mais notez bien que même notre amour pour l’autre, pour tous, pour tous en ce monde n’est que vanité s’il n’est pas pour Dieu, de Dieu et en Dieu (…) Pour l’éternité ! Pour Dieu et l’éternité ! Tous en tous (…) Et en vérité, vivre pour cela, vivre pour le Ciel, c’est en même temps mener la vie la plus heureuse qui soit sur terre. N’en est-il pas ainsi, ô Mère ? Répondez de votre petit bois. Priez maintenant et désormais pour moi. »

On dit qu’un profond sentiment de solitude s’abattit sur le Père Bruté lors du décès de Mère Seton. Elle avait été son amie. Il avait été son directeur spirituel. Et elle avait été sa conseillère dans les moments difficiles. Il a écrit d’elle : « Aucune âme autre que la sienne n’a avec tant de force excité la mienne à comprendre ce que c’est que d’être le prêtre de mon Dieu. »

Sainte Elizabeth Ann Seton avait eu une influence apaisante sur l’esprit sans repos du Père Bruté et sur son désir récurent de partir aux Indes ou en Chine comme missionnaire. Elle lui écrivit une fois : « Vos pensées agitées me frappent jusqu’à l’âme. Vous m’avez enseigné  la grâce de l'instant de manière si évidente, que je vous dois sans doute mon salut même, en raison des fautes et des péchés que cela m’a épargnés. Et pourtant, médecin, vous ne saurez vous guérir vous-même (…) Si notre Dieu vous destine vraiment et gracieusement pour la Chine, n’ouvrira-t-il pas, considérant le débordement de votre cœur bouillonnant pour cela, une porte bien évidente ? ».

A présent qu’elle était partie, le Père Bruté était privé de son influence apaisante.

Missionnaire, il le deviendrait : pas aux Indes, mais dans l’Indiana.


Le Fort Vincennes était un établissement français sur la rivière Wabash. Un poste militaire y avait même été établi au début des années 1700, et vers le milieu de ce siècle on y avait construit une église. Dans les années 1830, Vincennes n’était plus un établissement seulement français. Des colons catholiques qui avaient migré du Kentucky vers le Maryland, commençaient leur mouvement vers le nord. Avec la construction de voies ferrées, les Irlandais arrivaient de l’est. Toutefois, Vincennes demeurait encore largement catholique. On ne pouvait en dire autant de ce plus grand territoire que constituaient l’Indiana et l’Illinois. Au début des années 1800, environ 5 000 personnes habitaient dans l’Indiana. Vers les années 1830, on estimait la population à un demi million mais, selon la plupart des estimations, on comptait sans doute moins de 25 000 catholiques. Contrairement au Kentucky et au Maryland, les catholiques n’étaient pas regroupés dans un ou plusieurs comtés.

Dans l’Indiana, et dans une grande partie de l’Illinois (territoires qui allaient devenir le diocèse de Vincennes), on trouvait des établissements au quatre coins du territoire. La piste qu’un missionnaire devait emprunter pour se rendre d’un établissement à un autre pouvait couvrir jusqu’à plusieurs centaines de km. Les Français étaient prédominants dans un coin, les Irlandais ou les Allemands dans un autre. Et s’y trouvait, près de South Bend, en attendant d’être expulsée vers une réserve de l’ouest, la tribu des Potawatomis Pokagon, en majorité catholique.

Ce territoire missionnaire allait devenir la résidence du Père Bruté, le premier évêque du diocèse de Vincennes.

 

 

seton grave

 

La tombe actuelle de sainte Elizabeth Ann Seton se situe toujours à l'endroit même de son inhumation

 

 

 

Demain :

IX. Le Père Bruté est invité à diriger un nouveau diocèse en Indiana

 

 

© Most. Rev. Daniel M. Buechlein, Archbishop of Indianapolis (Indiana).

© Daniel Hamiche pour la traduction française.

 

 

 

Par Daniel HAMICHE - Publié dans : Prêtres, religieux, missionnaires français aux USA
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Samedi 14 août 6 14 /08 /Août 13:00

 

Catholic New Media Celebration Boston

 

Une vue partielle de l'assistance

 

 

Pendant toute une journée, le 7 août dernier, près de 200 blogueurs, podcasteurs et autres producteurs catholiques des nouveaux médias sur la toile, se sont réunis au Pastoral Center de l’archidiocèse de Boston (Massachussetts) pour échanger leur expérience et débattre du rôle de ces nouveaux médias au service de la nouvelle évangélisation, lors de  la troisième édition de la Catholic New Media Celebration organisée par le  Star Quest Production Media (SQPM), et en présence du cardinal Sean O’Malley, l’archevêque de Boston.

« L’idée est d’encourager et d’inspirer les gens qui veulent servir l’Eglise aux moyens des nouveaux médias, et également de mettre en réseau et de partager les expériences. Plus important encore, il s’agit de rassembler dans la vie réelle la communauté qui s’est constituée en ligne », a déclaré Domenico Bettinelli, le coordinateur pour les nouveaux médias du tout nouveau Secrétariat pour les médias catholiques créé par l’archidiocèse de Boston

L’ami Thomas Peters, l’animateur de l’excellent blogue American Papist, a souligné, dans son exposé, l’importance des blogues pour promouvoir le militantisme catholique et remarqué leur impact exponentiel grâce aux réseaux sociaux comme Facebook. Il a également rappelé que les catholiques devaient être unis dans une même foi et une même morale pour être efficace.

Un constant et un rappel que nous faisons nôtres avec Riposte Catholique , le nouveau portail qui regroupe tant de blogues de qualité, et dont americatho à l’honneur d’être membre.

Au fait, quand organiserons-nous une pareille « Fête des nouveaux médias catholiques » en France pour tous les blogues, sites et services internet catholiques francophones ?

 

 

 

 

Par Daniel HAMICHE - Publié dans : Les catholiques américains et Internet
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Samedi 14 août 6 14 /08 /Août 07:00

 

 

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Dans les environs d'Emmitsburg. Le type de paysages arpentés par le Père Bruté

 

 

VII.

La passion du Père Simon Bruté d’être prêtre aux Etats-Unis

éclate au grand jour

 

 

Bien que l’essentiel du ministère assigné au Père Simon Bruté comme prêtre sulpicien fut d’enseigner au Mount St. Mary’s Seminary and College d’Emmitsburg (Maryland), le futur évêque de Vincennes fut de manière éminente un pasteur pour la population d’Emmitsburg.

Simon Bruté était un prêtre savant, mais il était aussi recherché pour administrer les sacrements. Des notes du Père Bruté permettent de retracer une journée de sa vie sacerdotale. Elles ne sont pas écrites avec du style avec l’objectif d’être publiées, mais il est important de retranscrire certaines de ses notes pour apprécier son cœur pastoral.

Simon Bruté se lève à 4 h 30 ou à 5 h. La journée commence par une prière et une méditation devant le Tabernacle. Parfois, il assiste à la Messe de l’un de ses confrères. Vers 8 h, après le petit-déjeuner, il retourne à la chapelle du Mont pour prendre le Saint Sacrement afin de l’apporter à pied, en traversant les bois, à une femme âgée et malade. Il prie le chapelet sur son chemin. Il administre le sacrement à la personne malade et, en une occasion, prépare son époux à la première communion. Vers 9 h 30, il prie les Psaumes et chante des hymnes sur le chemin qui le mène à l’église paroissiale d’Emmitsburg. De là, il va apporter le Saint Sacrement à une personne de qualité éloignée de l’Eglise depuis des années et scrute avec elle l’état de sa foi. Vers 10 h 45, il est de retour à l’église paroissiale pour administrer le baptême à un enfant. Il bavarde avec sa mère « qui traverse de grandes difficultés ». Après cela, il rend visite à plusieurs autres personnes grabataires. A midi, alors qu’il est rentré au Mont, il rencontre une femme allemande âgée qui attendait de le voir. Elle n’a pas été administrée depuis dix ans parce qu’elle a été malade et est estropiée. Elle lui demande son assistance pastorale et il l’invite à rester à déjeuner.

Vers 13 h 30, le Père Bruté est de retour à l’église d’Emmitsburg pour prendre le Saint Sacrement qu’il va porter à d’autres malades. Il administre le sacrement des malades à une personne en train de mourir. Il explique la signification de ce sacrement à tous les présents, parmi lesquels des protestants. A 16 h, il va entendre la confession d’un autre malade. Sur son chemin de retour vers le Mont, toujours à pied, il prie l’Office (la liturgie des Heures). Une fois arrivé, il prépare des enseignements qui seront donnés lors du sacrement de Confirmation.

« Et à présent, écrit-il, j’écris ces notes. Mais un millier de détails, de pensées et d’actes ne sont pas dits. Comme elle est merveilleuse la journée d’un prêtre. » En marge, il récapitule le kilométrage qu’il vient d’accomplir : près de 30 miles, soit plus de 42 km. On trouve d’autres notes traitant de son émouvante sollicitude pastorale et de son attention pour les esclaves Noirs des environs.

« Qu’ai-je fait pour la maison ? Révisé le deuxième cours de latin. Eu une conversation devant Dieu avec l’un des jeunes gens. Leçon de latin. Révisé le troisième cours de français. Leçon de latin à Guy Elder. Eu une conversation avec un autre jeune homme qui est venu me consulter… ».

Dans un autre ensemble de notes sur ses activités pastorales d’une journée, on peut lire : « Je me souviens avoir parlé à 62 personnes – très probable – pour ce qui est d’affaires liées à la religion et à leurs devoirs. Donné une courte exhortation à la Messe, étant aujourd’hui la saint Ignace. »


Jedinburgh

 

On trouve d’autres notes montrant que le Père Bruté ne cessait de lire et d’étudier : « Nuit de samedi, le 14, j’ai reçu de Baltimore plusieurs [livraisons] de l’Edinburg Review et le Against the Eternal Generation of Jesus Christ de Stuart. Dimanche 15. Déjà lu entièrement le livre de Stuart, et écrit une longue lettre de remarques le concernant à Elder. Participé à toutes les obligations de la journée à Emmitsburg. Dans la soirée, lu, en partie sur la route, en partie à la maison, l’essentiel de l’Edinburg. Lundi. Ce jour j’ai fini l’Edinburg, fait une dizaine de longues notes sur l’article consacré au Journal d’O’Meara, et deux à l’article sur les œuvres de Duprat, avec quelques recherches dans mes livres sur certains points pour ces notes. »

Il signale qu’il a également terminé de dresser une carte des Etats ecclésiastiques pour le cours de géographie et donné un cours de théologie puis un cours de philosophie. Puis il est reparti pour répondre à l’appel d’un malade « et l’habituelle et joyeuse routine du prêtre : prière, médiation, Messe, bréviaire, chapelet, visite au Saint Sacrement, etc. ». A la fin d’un ensemble de notes, il écrit : « Dieu, Dieu, Dieu, tout au long de la journée ! ».

Ce n’était pas le plan de Dieu que le Père Bruté soit missionnaire aux Indes, mais il fut un zélé missionnaire au Nouveau Monde. Il adorait administrer les sacrements à son peuple. Même quand il prenait soin de ses jeunes séminaristes, il portait une attention particulière aux pauvres et aux personnes âgées. Son cœur pastoral a du s’épancher d’abondance aux séminaristes.

 

 

Demain :

VIII. L’apostolat du Père Bruté auprès d’une future sainte

 

 

© Most Rev. Daniel M. Buechlein, Archbishop of Indianapolis (Indiana).

© Daniel Hamiche pour la traduction française.

 

 


 

Par Daniel HAMICHE - Publié dans : Prêtres, religieux, missionnaires français aux USA
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Vendredi 13 août 5 13 /08 /Août 17:00

 

Sous l’égide du Conseil pontifical pour la Famille, Human Life International et d’autres organisations pro-vie internationales organisent du 5 au 10 octobre prochain à Rome leur cinquième World Prayer Congress for Life sur le thème « La Lumière luit dans les ténèbres » afin de traiter d’un grave problème contemporain : comment répondre concrètement aux attaques contre la vie et la famille et quels sont les instruments nécessaires à cette bataille.

LifeSiteNews annonce cette importante manifestation pro-vie internationale et donne la liste des « poids lourds pro-vie américains » qui vont y prendre la parole.

« Héro américain pro-vie », comme le qualifie LifeSiteNews, l’archevêque Raymond Burke, préfet de la Signatura, est, bien sûr en tête de liste ! Mais on entendra aussi, bien sûr, le P. Thomas Euteneuer, président de Human Life International et fondateur de Humanæ Vitæ Priests, et John Henry Westen, rédacteur-en-chef de LifeSiteNews. Prendront également la parole d’autres réputés militants pro-vie américains : le P. Philip J. Reilly, fondateur des Helpers of God’s Precious Infants, Terrence McKeegan, vice-président du Catholic Family and Human Rights Institute (C-FAM), Mike LaCorte, directeur exécutif de Word of Fatima et Victoria Thorn, fondatrice du “Project Rachel”.

Ce congrès international réunira aussi à Rome des intervenants d’Allemagne, d’Autriche, de Pologne, des Philippines, du Nigéria, de Suisse, d’Australie et d’Espagne. Mais, jusqu’à plus ample informé, aucun intervenant Français ne semble devoir y participer…

 

 

 

 

 

Par Daniel HAMICHE - Publié dans : évangile de la vie
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Vendredi 13 août 5 13 /08 /Août 12:00

 

St. Edward's

 

La St. Edward's University d'Austin (Texas)

 

 

 

Le président Obama est en tournée au Texas, une tournée destinée à aider quatre candidats Démocrates aux Midterm Elections de novembre à lever des fonds pour leurs campagnes électorales. La Maison Blanche avait quelques jours avant le passage d’Obama à Austin (Texas), le 9 août, exprimé le souhait que le chef de l’exécutif puisse prononcer un discours sur le campus de la St. Edward's University d’Austin, une université catholique de la Congrégation de la Sainte-Croix, fondée en 1878 par notre compatriote, le P. Edouard Sorin, qui était alors le supérieur général de la Congrégation pour les Etats-Unis, et qui avait déjà fondé en 1842 la Notre Dame University dans l’Indiana.

Les raisons invoquées par la direction de St. Edward's semblent davantage motivées par des considérations techniques que par une stricte application des conditions exigées par les évêques américains pour qu’un établissement catholique d’éducation supérieure soit autorisé à offrir une tribune à une personnalité publique. La directrice de la communication de l’université, Mischelle Diaz, tout en déclarant que St. Edward's était « honoré d’avoir été pressentie pour une visite éventuelle » d’Obama, précise que de délai imparti pour organiser cette visite (4 ou 5 jours) était trop court, aurait coûté trop cher, qu’elle se serait faite à une mauvaise période – on prépare en ces jours la rentrée qui commence dès le 23 août – et qu’il n’y aurait eu, de toute manière, que très peu d’étudiants ou de professeurs présents sur le campus (la plus grande partie d’entre eux étant toujours en vacances). Rien dans ce communiqué de mercredi dernier qui évoque la moindre restriction doctrinale…

Toutefois, pour être complet et honnête, St. Edward's avait déjà refusé une visite d’Obama sur son campus. C’était en 2007 lors de la campagne présidentielle : « En tant qu’université nous ne sommes pas disposés à accepter la demande d’un quelconque candidat pendant cette campagne électorale » avait déclaré la même Diaz qui pourtant, dans son commentaire à son communiqué d’avant-hier, s’empresse de préciser, en raison du scandale de mai dernier à l’autre université de la Congrégation, Notre Dame, que « si beaucoup de gens tentent de faire un parallèle » entre ces deux affaires, ils se trompent car « nos raisons [de refuser] étaient logistiques. » Ce qui laisse tout de même entendre que si les conditions techniques avaient été autres, St. Edward's aurait été « honorée » de recevoir Obama

Dont acte…

 

 


Par Daniel HAMICHE - Publié dans : enseignement catholique
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Vendredi 13 août 5 13 /08 /Août 07:00

 

mt stmarys vue Emmitsburg 1835

 

Le Mount St. Mary's Seminary and College d'Emmitsburg

(gravure de 1835)

 

 

VI.

La réputation du Père Bruté comme pasteur, théologien et enseignant grandit.

 


Avant de devenir l’évêque de Vincennes, le Père Simon Bruté passa l’essentiel de sa vie de prêtre au Mount St. Mary’s Seminary and College d’Emmitsburg (Maryland), établissement ouvert en tant que petit séminaire en 1808.

C’est ainsi que débuta ce qu’on nommerait « la Montagne » ou « le Mont ». Le Père Dubois voyait dans le petit séminaire du Mount St. Mary’s comme « le réservoir » du grand séminaire St. Mary’s de Baltimore.

Le Mont fut parrainé par la Société de Saint-Sulpice jusqu’à ce qu’il finisse par devenir un grand séminaire et un collège indépendant.

Elizabeth Ann Seton et un groupe de femmes partageant des sentiments identiques et qui œuvraient avec elle à Baltimore, déménagèrent pour Emmitsburg en juin 1809. La ferme construite en dur sur un terrain de 269 acres, soit environ 108 ha, acheté pour elles par Samuel Sutherland Cooper, n’était pas encore apprêté pour les abriter, aussi le Père Jean Dubois leur offrit sa cabane en bois sur la montagne St. Mary’s. Elles y vivront six semaines avant d’intégrer la ferme située dans la proche vallée que Mère Ann Seton nommera la Vallée Saint-Joseph.

Le 31 juillet 1809, les Sœurs de la Charité de Saint-Joseph furent fondées. Elles commencèrent leur existence selon la règle provisoire de Saint-Joseph et selon le charisme des Filles de la Charité fondées en France par saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac.

Le Père Dubois, futur évêque de New York, devint le troisième supérieur ecclésiastique de ce groupe.

Bruté fut nommé au Mount St. Mary’s Seminary à l’automne de 1812. Lui et Elizabeth Ann Seton firent connaissance et, presque immédiatement, on pressentit une familiarité spirituelle qui se développera dans une relation spirituelle qui fut racontée. Elle enseigna l’anglais à Simon qui continuait à éprouver des difficultés avec cette langue. Lui, en retour, devint le directeur spirituel de la future sainte Elizabeth Ann Seton et aumônier de la communauté des sœurs. En 1813, le Père Bruté et la Mère Seton échangèrent leurs Bibles qui étaient identiques. Quand elle mourut, en 1821, elle possédait toujours sa Bible. Après son inhumation, sa seule fille survivante, Catherine Josephine Seton, rendit au Père Bruté sa Bible, puis retourna à Saint-Joseph avec l’exemplaire de sa mère.

Le Père Bruté devint une présence révérée au Mont. Il était un enseignant efficace en sciences sacrées pour les séminaristes. En raison des circonstances et de la culture qui se développait en Amérique, il avait la profonde conviction de la nécessité d’une formation solide en philosophie et en théologie pour les futurs prêtres. On le considérait comme un prêtre exemplaire à la sainteté signalée, dévoué dans son apostolat et expert en théologie. Son austérité était considérée à la fois comme édifiante et, parfois excentrique. Outre un programme complet d’enseignement, on le demandait souvent pour confesser, porter l’Eucharistie aux grabataires et aux personnes âgées d’Emmitsburg de se ses environs. La plupart du temps il s’y rendait à pied. « Comme elle est merveilleuse la journée d’un prêtre » remarqua-t-il un jour. Il fut un collaborateur fréquent de la presse catholique naissante de la côte Est.

En 1815, Simon retourna en France pour rendre visite à sa mère âgée. Sa santé était déclinante mais son fils Augustin, qui avait bien réussi dans la pratique médicale à Rennes, lui apportait ses meilleurs soins. Sa mère décéda à Rennes en 1823, mais Simon fut dans l’incapacité de se trouver à son chevet. Il ne retourna à Rennes qu’en 1824 pour régler des problèmes afférents aux propriétés de sa mère.

Madame Bruté avait eu une influence décisive et profonde sur le progrès religieux et spirituel de son fils prêtre. Elle n’avait jamais désiré qu’il intégrât le sacerdoce mais finit par se résigner à la volonté de Dieu et soutint son fils de ses lettres et de ses prières.

Le voyage de Simon en France avait aussi deux autres motivations. Il voulait rapporter ses chers livres qui constitueront ce qu’on estimera être la plus prestigieuse bibliothèque privée d’Amérique. Il avait besoin de ses livres pour son enseignement et parce qu’il voyait en eux de précieux conseillers théologiques.

Il était aussi venu en France pour plaider la cause du Mount St. Mary’s College d’Emmitsburg auprès du supérieur général des Sulpiciens. Dès son retour aux Etats-Unis, le Père Bruté apprit qu’on l’avait nommé président du St. Mary’s College de Baltimore, une fonction qu’il occupera de 1815 à 1818. Les lettres qu’il adressa à Mère Seton au cours de cette période sont dépourvues de leur habituel ton joyeux. Il était seul. Il n’avait que peu d’amis à Baltimore, mais il est historiquement utile que nous signalions qu’il y rendait visite à un certain Dr. Ferdinand E. Chatard, le père d’un futur évêque de Vincennes.

Apparemment, le Père Bruté fut nommé président du St. Mary’s College en raison de sa réputation d’érudit et non pour ses capacités administratives. On sait que John Quincy Adams a déclaré un jour que Simon Bruté était l’homme le plus érudit d’Amérique. Il était connu pour « ses brillants éclairs de perspicacité ».

Quand les évêques des Etats-Unis commencèrent à s’assembler en conciles provinciaux, le Père Bruté fut un vigoureux avocat de l’unité dans l’enseignement et dans la pratique catholique. Il était préoccupé de l’intégrité de la foi dans l’Eglise naissante des Etats-Unis. Ce n’est pas une surprise que de le voir l’un des tout premiers conseillers théologiques lors des conciles de Baltimore.

Notre premier évêque fut un théologien et un enseignant estimé, un confesseur achevé pour ceux qui recherchaient la miséricorde de Dieu, un pasteur pour les infortunés grabataires et l’accompagnateur spirituel d’une religieuse fondatrice qui deviendrait une sainte canonisée.

De la manière dont les choses se passèrent, sa mère aurait pu mourir avec la fierté d’un tel fils menant sa vie comme elle le lui avait appris.

 

 

Baltimore St. Mary's College and Seminary

 

Le St. Marys'College and Seminary de Baltimore

(gravure sans doute de la deuxième moitié du XIXe siècle)

 

 


 

Demain :

VII. La passion du Père Simon Bruté d’être pasteur aux Etats-Unis éclate au grand jour

 

 

© Most Rev. Daniel M. Buechlein, Archbishop of Indianapolis (Indiana).

© Daniel Hamiche pour la traduction française.

 

 


 

Par Daniel HAMICHE - Publié dans : Prêtres, religieux, missionnaires français aux USA
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