Où en est l'Église aux États-Unis ? Quelques chiffres

Publié le par Daniel HAMICHE

« Franchement, l’Église, comme l’a dit un évêque, est “en train de surmonter les imbécilités de l’après-Concile”, cette épouvantable période de confusion qui a suivi le concile de Vatican II, quand toute sorte de “nouveauté” était tentée pour faire que l’Église devienne “actuelle” ».
J’ignore quel évêque américain a tenu ce propos, mais ceux qui le rapportent, l’abbé Rodger Hunter-Hall et Steven Wagner, tous deux collaborateurs du magazine Crisis (www.crisismagazine.com), viennent de rédiger une très intéressante étude intitulée The State of the Catholic Church in America, Diocese by Diocese (État de l’Église cathlique aux États-Unis, diocèse par diocèse) pour le compte de ce même magazine.
Le bilan est équilibré, même si les trois critères choisis (le moral des prêtres, le nombre des vocations et l’évangélisation réelle) auraient pu s’augmenter, par exemple, de celui de l’état de l’enseignement catholique.
J’évoque ce dernier aspect précisément parce que le Berkshire Eagle (Springfield, Illinois) a évoqué hier la crise de l’enseignement catholique de la New England (Nouvelle Angleterre), cette zone géographique du Nord-Est qui comprend les États du Maine, du New Hampshire, du Vermont, du Massachusetts, du Connecticut et de Rhode Island. Depuis 1997, 47 écoles catholiques ont été fermées et 21 813 élèves perdus. J’en parlerai, je l’espère, en détail dans un prochain article, mais l’analyse de l’abbé Hunter-Hall et de Wagner le confirme.
L’étude de ces deux chercheurs est fondée sur les résultats d’enquête fournis par l’Official Catholic Directory, beaucoup plus intéressant en l’occurrence que l’Annuario Pontificio, puisque tous les diocèses ont fourni des informations précises. Ce sont les chiffres au 31 décembre 2005 concernant les 176 diocèses catholiques de rite latin (étant exclus ceux de Porto Rico, des territoires sous souveraineté américaine, du diocèse aux Armées et des diocèses de rites orientaux). Cette étude de 26 pages ornée de 18 tableaux statistiques est un excellent travail qui nous permet d’y voir clair sur l’état de l’Église aux États-Unis. Je n’en ferai qu’une synthèse, renvoyant les plus curieux de mes lecteurs à cette étude aisément téléchargeable : www.crisismagazine.com/index.html
Le premier chiffre qui retiendra notre attention est celui des baptisés catholiques : il était de 65 996 019 au 31 décembre 2005, une augmentation de 19 % par rapport à 1995 alors que, dans cette même période, la population américaine ne s’est augmentée que de 13 %. Ce différentiel est essentiellement du à l’augmentation de l’immigration des latinos-américains (Hispanic en américain). Les catholiques américains représenteraient donc 22 % de la population totale des États-Unis. Toutefois, ce chiffre doit être minoré, selon les auteurs, car les diocèses incluent dans leurs calculs des personnes qui se qualifient de catholiques mais qui n’ont que très rarement ou jamais mis les pieds dans une église.
Les diocèses annoncent pour l’année 2005, 911 935 baptêmes d’enfants, soit 22 % des enfants nés cette année là, et 149 306 baptêmes d’adultes, soit 6 % de plus qu’en 1995, ce qui est peu signifiant dans l’accroisement global.
La baisse du nombre de prêtres se poursuit : on en comptait 22 070 en 1995 ; ils ne sont plus que 18 102 fin 2005 (une perte de 18 %). Et le chiffre des ordinations est lui aussi en baisse : 398 en 1995 ; 335 en 2005 (une diminution de 15 %).

En 1995, 45 diocèses n’eurent aucune ordination et 4 en signalèrent 10 ou plus ; en 2005, 48 diocèses n’en eurent aucune, et seulement 3 en connurent 10 ou plus. 29 diocèses (16 %) constatent une augmentation du nombre de prêtres (essentiellement due à l’arrivée de prêtres étrangers) : les deux cas les plus remarquables – et exceptionnels – sont Tyler, Texas (+ 128 %) et Brownsville, Texas (+ 64 %). Par contre, l’énorme diocèse de Galveston Houston, Texas, avec ses 1,5 million de baptisés catholique n’a eu aucune ordination en 2005.
Si l’on veut classer les diocèses par rapport au nombre d’ordinations en 2005, voici le tiercé gagnant : Chicago, Illinois (17 ordinations), St. Paul-Minneapolis, Minnesota (15) et Newark, New Jersey (12).
C’est sans doute en Nouvelle Anglettere (voir plus haut) que l’Église catholique se porte le plus mal alors même que c’est la région où les catholiques étaient les plus nombreux et le moins mal traités. C’est en Nouvelle Angleterre où le nombre de prêtres décline le plus, où le nombre d’ordinations et celui des baptisés adultes est le plus bas.

Pour ce qui est du nombre des fidèles, 68 diocèses (39 %) on connu un déclin, tandis que 59 (34 %) connaissaient une croissance modérée, et 49 (28 %) une forte augmentation. 37 diocèses comportent plus de 500 000 fidèles ; 51 diocèses (29 %) en comptent 100 000 ou moins. On estime que plus le diocèse est petit et plus le nombre des fidèles est élevé : un constat dont il faut tenir compte quant à la création de nouveaux diocèses aux États-Unis.

L’étude, parce qu’elle est statistique, ne fait qu’effleurer le problème de l’épiscopat américain tout en soulignant que c’est de leur qualité que dépend l’état du diocèse. Les Français comprendront parfaitement cette remarque sans qu’il soit besoin de sous-titrer… « Beaucoup – trop – [d’évêques], signalent les auteurs, n’ont envisagé leur boulot que comme une simple gestion du déclin, étant devenus découragés face à l’adversité résultant du nouvel environnement culturel » celui de la laïcité. Mais il en a d’autres qui font front et relève le défi. C’est de ceux-là qu’on attend le redressement. Les autres, comme le taureau qui a reçu l’estocade dans l’arène, sont déjà morts. Mais ils ne le savent pas. Même s'ils peuvent faire encore du mal…


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