Samedi 31 mars 6 31 /03 /Mars 14:22
Nous sommes aujourd'hui le 31 mars 2007.
Voici deux ans, jour pour jour, Terri Schiavo naissait au Ciel.
Dans mon avant-dernier “post” consacré à la “passion” de Terri, je vous promettais, en note, de tout faire pour tâcher de vous procurer le texte de la “lettre ouverte” de son frère, Robert (Bobby) Schindler, à l'évêque de St. Petersburg (Floride), Mgr Robert Lynch.
Malgré la surcharge de travail de Bobby, en raison du nombre incroyable de manifestations qui sont organisées en ces jours dans tous les États-Unis pour commémorer ce tragique anniversaire, le frère de Terri a pris le temps de répondre personnellement à ma sollicitation et m'a fait parvenir une version pdf de sa lettre (que ceux des lecteurs de ce blog qui souhaiteraient la recevoir se manifestent). J'en ai fait la traduction ce matin, en toute hâte, pour que vous l'ayiez en ce jour anniversaire et afin que vous puissiez participer à une grande chaîne de prières franco-américaines.
Cette lettre, datée du 9 mars a été rendue publique deux semaines plus tard, Mgr Lynch ne s'étant pas, jusqu'à ce jour, manifesté. Il s'est d'ailleurs très peu manifesté pendant toute “l'affaire Terri Schiavo”, et pour tout dire une seule fois et pour demander que la famille Schindler (celle de Terri) se réconcilie avec Michael Schiavo, l'époux de Terri, alors qu'il était déjà déterminé à obtenir l'assassinat judiciaire de son infortunée femme… « L'hypocrisie » dont Bobby accuse l'ordinaire de St. Petersburg n'est point une expression outrée, et l'évêque, par toutes sortes d'informations que nous avons glanées (voyez notamment les deux liens signalés en note), nous donne une bien curieuse impression. Mais je laisse tout cela à votre sagacité et à vos prières…
Voici donc la “lettre ouverte” de Bobby Schindler.

Monseigneur [1],
m’exprimant au nom de ma famille, mon intention était de vous écrire une lettre à la suite du décès de ma sœur Terri Schiavo, afin de vous expliquer pourquoi je vous tenais pour plus responsable de son horrible mort que Michael Schiavo [2], l’avocat de ce dernier, et même que le juge qui a ordonné sa mort.
Toutefois, et par une bien amère ironie, ce n’est qu’en tombant sur votre récent article dans la Tampa Tribune, où vos propres mots ont réussi à exprimer l’essentiel de ce que je voulais dire moi-même, que j’ai fini par me décider à vous écrire.
Dans le premier paragraphe de votre commentaire, « Les sans-abris sont un défi pour nos villes et notre Foi » [3], vous déclariez : « Le défi posé par les sans-abris de St. Peterburg [4] a fait l’information au plan national et a gêné bien des gens. Je suis convaincu qu’au Jour du Jugement et devant l’Histoire, nous serons très probablement jugés non sur les choses que nous aurions pu personnellement croire importantes dans nos propres vies, mais sur la manière dont nous avons pris soin de tous ceux qui ont eu moins de chance que nous ». Une déclaration tout à fait prophétique et parfaitement conforme aux paroles de Notre Seigneur en Matthieu 25, 31-46.
Puis vous continuez en disant au début du paragraphe suivant : « Les visages qui pourraient hanter chacun d’entre nous au Jour du Jugement, pourraient bien être ceux de ces gens qui sont venus vers nous pour être aidés mais dont nous nous sommes détournés ».
Monseigneur, je n’aurais jamais pu exprimer cela mieux que vous. Mais plutôt que d’écrire une longue lettre montrant l’hypocrisie de vos paroles, permettez-moi de dire les choses suivantes :
Le caractère barbare et le cauchemar de la mort de Terri, de soif et de faim, après deux semaines d’agonie, resteront à tout jamais gravés dans la mémoire de ma famille. Nous ne comprenons pas qu’une nation soi-disant fondée sur les principes judéo-chrétiens ait pu permettre qu’une chose aussi atroce soit arrivée.
En fait, jusqu’à ce qu’on comprenne que de même que la Culture de Mort a fait son entrée triomphale dans notre nation en 1973, par l’avortement légalisé, sans qu’on entende guère ne serait-ce qu’un petit cri de protestation de la part de ceux qui avait l’autorité de droit divin de l’arrêter, ainsi aujourd’hui nos handicapés et nos vieux sont menacés de mort. Le résultat final c’est que quand on abdique sa responsabilité et la grâce qu’on a reçu de son épiscopat, ce sont les innocents qui meurent.
Heureusement, ma famille a reçu réconfort et force, dont elle avait tant besoin, d’un déluge considérable de prières et de soutien, y compris celui inébranlable du Saint-Siège, qui, en ces jours même, continue à se manifester à notre famille.
Encore plus édifiants sont les témoignages que nous recevons presque chaque jour, expliquant comment ma sœur, d’une certaine manière, a touché les cœurs et changé la vie de tant de gens, pas seulement dans notre pays mais partout dans le monde. À tel point que des efforts sont faits par des gens dans le monde entier pour promouvoir la cause en béatification de Terri.
L’héritage que nous laisse Terri, est un héritage de vie et d’amour. Mais le vôtre, et c’est triste, sera celui d’un berger qui demeura silencieux alors qu’un de ses agneaux handicapé et innocent était lentement et inutilement massacré par la privation de nourriture et d’eau, qui a, pendant tout cela, ignoré avec constance les appels à l’aide se sa famille (et « sa famille » c’était tous ceux qui voulaient seulement prendre soin d’elle).
Il ne devrait pas être nécessaire de vous rappeler les nombreux passages de l’Écriture qui condamnent les bergers « qui se paissent eux-mêmes sans paître mon troupeau » [5], ou de l’admonition du Christ à saint Pierre « Pais mes agneaux », etc. Alors que ma famille et moi-même nous nous consacrons pour tout le restant de nos vies à sauver d’autres innocents agneaux menacés par la Culture du Mort, je prie le Seigneur de nous épargner un autre successeur des Apôtres qui montrerait une même inaction et un même silence scandaleux par lesquels vous demeurez complice du meurtre de ma sœur par euthanasie ».
Je comprends que pour mon salut, je dois au moins en arriver à vouloir vous pardonner, Monseigneur, pour avoir aidé et tranquilisé les malfaisants qui ont pris la vie innocente et vulnérable de ma sœur (et oui, elle était peut-être objectivement plus innocente et plus vulnérable qu’un sans-abri). Toutefois, l’Église catholique a parlé du cas de Terri et s’est prononcée en faveur du droit à la vie de Terri et de tout ce que notre famille a tenté pour la sauver.
Votre comportement, tout au contraire, a causé un scandale pour l’Église universelle et pour les fidèles, et tout particulièrement ici en Floride. Votre indifférence envers la Vérité est effroyable, mais semble révélatrice de la corruption sur-dominante dans la formation des prêtres des années 1960 et 1970, de telle sorte que, peut-être, votre responsabilité en est quelque peu atténuée. Même s’il en était ainsi, le fait que ma sœur ait été assassinée avec votre « soin pastoral » est un fait que vous devriez reconnaître publiquement.
Le temps du Carême est parfaitement adapté pour chercher le pardon du public et faire réparation publique pour le scandale public.
Au moins, d’ici à ce que cela arrive, je regrette de devoir demeurer, comme vous l’avez dit, le visage qui vous hante étant quelqu’un qui est venu vers vous pour être aidé et dont vous vous êtes détourné.
Puisse Dieu avoir pitié de vous, et puisse ma sainte sœur Terri prier pour nous tous.
Salutations [6].
Bobby Schindler


[1] L’appel de la lettre est un peu plus sec : « Bishop Lynch » ; mais la chose se peut en raison des manières habituellement assez peu formalistes des Américains. On aurait toutefois plutôt attendu : « Your Excellency » ou « Most Reverend Lynch ».
[2] L’époux de Terri née Schindler. Il épousa tout juste un an après le décès de Terri, la femme avec laquelle il vivait, alors que Terri était dans son comas végétatif (elle y était tombée en février 1990), et dont il eut deux enfants du vivant de Terri… Curieusement, Michael Schiavio s’est remarié dans une église du diocèse de Mgr Lynch.
[3] Le titre original est « The Homeless Are Challenge To Our Cities And Our Faith ».
[4] C’est le diocèse de Floride dont Mgr Robert Lynch est l’évêque depuis 1995. Sur les curieuses manières de Mgr Lynch (qui pourrait donner un tout autre sens à don « hypocrisie » que dénonce Bobby Schindler) voyez les liens suivant : http://www.sptimes.com/2002/03/23/news_pf/TampaBay/Church_paid_100_000_t.shtml ;
http://www.findarticles.com/p/articles/mi_m1141/is_30_38/ai_87353904
[5] Ez 24, 8-10.
[6] La formule de salutation est aussi des plus sèche : « Sincerely ».
Par Daniel HAMICHE - Publié dans : americatho
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