Abus sexuels : contre Benoît XVI et contre le cardinal Levada, l’Associated Press s’en mêle et emmêle l’opinion (1)

Publié le par Daniel HAMICHE

Désolé ! Encore un papier trop long et si long, même, que je vais le couper en deux : ci-dessous la première partie (L’affaire Michael Teta) et demain la seconde partie (L’“affaire” Levada et ma conclusion sur l’Associated Press Paris).

 

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Samedi dernier, le fil en anglais de l’agence américaine Associated Press (AP) a consacré un nouvel article à de soi-disant négligences de celui qui était alors le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dans des affaires ayant impliqué deux prêtres du diocèse de Tucson (Arizona), et un article stigmatisant de semblables négligences mais visant, c’est une grande première !, le cardinal William Levada, actuel préfet de la Congrégation, dans une affaire relative à un prêtre de Portland (Oregon), diocèse dont il était alors l’évêque (de 1986 à 1995). Ce même samedi, le fil français de l’Associated Press a lui aussi consacré un article à l’affaire de Portland mais qui n’est pas qu’une simple traduction de la dépêche américaine – comme ont eu le culot de me l’affirmer les journalistes/traducteurs de l’agence samedi après-midi. Le dernier paragraphe de cette dépêche, rédigé par le bureau parisien de l’AP, fera l’objet de mon dernier commentaire.

 

 

Première partie : l’affaire Michael Teta (diocèse de Tucson)


Pour l’affaire de deux prêtres de Tucson, l’AP écrit qu’elle « a jeté un nouveau doute sur l’insistance de l’Église catholique [à dire que] le pape Benoît XVI n’a joué aucun rôle dans la protection des pédophiles avant qu’il devienne pape ». Traduit en français courant, l’AP doute de moins en moins que le cardinal Ratzinger a protégé des prêtres “pédophiles”. Ni plus, ni moins. D’ailleurs, pour ceux qui douterait de ma “traduction” du français au français, trois paragraphes plus bas l’AP enfonce bien le clou : « Les détails de ces deux cas arrivent au moment où émergent d’autres suppositions que [le pape] Benoît – comme cardinal au Vatican – participait d’une culture d’étouffement [des scandales] et de secret. »
Le traitement de l’affaire de l’un des deux prêtres – l’autre ne serait que redite –, celle de Michael Teta, est tout à fait emblématique des manières “journalistiques” de procéder de l’AP sur ce douloureux scandale des abus sexuels de membres du clergé sur des mineurs : l’à peu près, l’insinuation, l’ignorance de la manière dont fonctionne l’Église, les oublis…
Le cas Teta n’est pas extraordinairement documenté, que ce soit dans la dépêche de l’AP ou dans la réponse du P. Federico Lombardi de samedi dernier. Heureusement, nous avons des informations beaucoup plus précises dans un entretien accordé par Mgr Gerald Kicanas, l’actuel évêque du diocèse de Tucson, au quotidien Arizona Daily Star (qui lui aussi s'est pris à faire la danse du scalp autour du poteau de tortures…).
Voici les faits tels que l’on peut les reconstituer.
L’autorité diocésaine informée d’abus sexuels commis par Michael Teta, le mit en congé administratif en 1989, puis ayant su en 1990 que Teta aurait bien pu se rendre coupable de crimes de « sollicitation au péché » lors de confessions (canon 1387), l’évêque de l’époque Mgr Manuel Moreno (décédé en 2006) le frappa de suspense. Il convient encore de noter que ces « sollicitations au péché » de Teta était adressées à des adultes de sexe masculin – elle est où la “pédophilie” là-dedans ? bis !
L’évêque Moreno écrivit la même année au pape Jean-Paul II pour savoir comment traiter de cette affaire. C’est le nonce qui lui répondit en lui disant qu’il revenait au diocèse d’ouvrir un procès canonique sur l’ensemble des allégations. Le procès se déroula de 1990 à 1997. En 1992 toutefois, on sait que le cardinal Ratzinger, en qualité de préfet du Saint Office, reçut début 1992 un recours de Michael Teta, que le Tribunal suprême de la signature apostolique avait fait suivre à son dicastère – les crimes de « sollicitation au péché » lors d’une confession relevant du Saint Office depuis l’instruction Crimen sollicitationis de 1962. Le 8 juin 1992, le cardinal Ratzinger écrit à l’évêque Moreno pour lui signaler la réception du recours :

  • « Nous croyons comprendre que le Père Teta est actuellement objet d’un procès devant votre tribunal sur une allégation d’avoir commis un acte de sollicitation au confessionnal (…) une accusation de sollicitation est une grave affaire réservée à ce dicastère et le règlement de tels cas est gouverné par ses normes. À cet égard, nous apprécierions beaucoup que vous nous confirmiez que le procès du Père Teta se poursuit effectivement et en conformité à l’ “Instructio” de ce Dicastère, dont vous trouverez ci-jointe une copie pour votre commodité. Les normes de procédure de cette “Instructio” sont toujours en vogueur même si certains ajustements sont nécessaires relativement au nouveau code de droit canonique [1983] (…) Quand votre tribunal diocésain aura rendu son jugement définitif dans le cas en question, Votre Excellence voudra bien avoir l’amabilité de faire parvenir à ce dicastère une copie du jugement ainsi que toutes les pièces du procès. »

Il n’y a là aucune mesure dilatoire ou visant à « retarder » la réduction à l’état laïc de ce prêtre. Les journalistes de l’AP qui ont tendance à juger avant d’étudier devrait se rappeler que dans les pays civilisés un verdict ne se rend qu’après un procès en bonne et due forme. C’est dans les pays totalitaires qu’une sentence est exécutée après un simulacre de procès voire sans procès du tout. Get it guys ?
La sentence de culpabilité de Teta ne fut rendue par le tribunal diocésain qu’en 1997, après huit années de procédure ! Un délai qui pourra sembler long, trop long aux journalistes de l’AP à qui je ne ferai pas l’injure de penser qu’ils aspirent à des solutions plus expéditives du type « Massacre de Septembre »… L’évêque Kicanas en donne les explications :

  • « L’allongement de ce procès a pour raisons la lente accumulation des preuves, le temps nécessaire pour auditionner les témoins et un manque d’expertise canonique local » 1.

L’évêque Moreno adressa le 28 avril 1997 au cardinal Ratzinger une copie du jugement et toutes les pièces du procès, comme ce dernier le lui avait suggéré cinq ans plus tôt, et estimait dans sa lettre d'accompagnement que Teta devait être renvoyé de l’état clérical pour sollicitation mais aussi pour deux autres motifs relevant l’un du § 1 du canon 1395 (clerc qui « persiste avec scandale dans une (…) faute extérieure contre le sixième commandement », ce qui sous-entend des relations sexuelles avec une ou plusieurs adultes, en l’espèce aussi des séminaristes) et l’autre du § 2 du même canon (pareils actes mais commis soit avec violence soit avec « un mineur de moins de seize ans »).
Toutefois le prêtre indigne fit appel de la sentence au tribunal de la Congrégation, c’est-à-dire, sans doute au promoteur de justice du Saint Office, mais comme le signale le P. Lombardi :

  • « cet appel arriva au tribunal de la Congrégation pendant une période où la révision des normes canoniques anciennement en vigueur venait de commencer. Les appels furent alors mis en suspens en attendant l’entrée en vigueur de la nouvelle législation en 2001. »

À partir de cette année là – qui voit aussi tous les dossiers d’abus sexuels du clergé passer sous la compétence du Saint Office (motu proprio Sacramentorum sanctitatis tutela de Jean-Paul II, 30 avril) – les dossiers vont connaître un traitement plus accéléré, enfin relativement… Je m’explique. Beaucoup de mes confrères journalistes, sans doute influencé par la littérature de gare, s’imaginent le Vatican comme une énorme machine. Le Saint Siège “tourne” avec 4 000 employés (46 000 fonctionnaires rien que pour la Ville de Paris !) dont seulement 2 500 travaillent à la Curie, et son budget de fonctionnement est sept fois moins important que celui, par exemple, de l’Université de Harvard aux États-Unis…
Encore que placé “sur le haut de la pile”, le dossier Teta, « du fait que son volume de documentation était particulièrement important », explique le P. Lombardi – en vérité, 2 500 pages de documents… –, ne fut traité qu’en 2004 : la sentence du tribunal diocésain de Tucson fut confirmé « in totto » (entièrement) et le vil prêtre renvoyé de l’état clérical. Notons, en passant, que depuis son congé administratif (1989) jusqu’à sa réduction à l’état laïc (2004), le diocèse de Tucson assura à Teta de quoi vivre, paya son assurance auto et sa couverture santé, et même finança ses déplacements pour venir répondre à Tucson aux interrogatoires du tribunal. Si cet ancien prêtre a eu des comportements que l’on pourrait qualifier d’inhumain, l’Église, elle, l’a toujours considéré comme un être humain, sujet du droit, et traité comme tel, tout coupable qu’il fût.

 

Mais, encore une fois, en quoi, dans l'affaire que je viens d'évoquer, le cardinal Ratzinger aurait-il « protégé » un pédophile ou utilisé des mesures dilatoires pour repousser sa réduction à l'état laïc ?

 



1. Le « manque d’expertise canonique » de l’évêque est amplement démontré par sa lettre de 1990 à… Jean-Paul II pour lui demander ce qu’il fallait faire… Il n’y avait aucun ecclésiastique compétent en droit canon dans le diocèse de Tucson (pourtant érigé en 1897…), si bien qu’il fallut faire venir un prêtre canoniste de l’archidiocèse de Chicago pour présider le tribunal ! L’évêque Moreno ne semblait d’ailleurs guère plus « expert » en droit canon qu’en droit civil puisque – comme ne nous l’apprend pas l’Associated Press – il ne dénonça pas avant 2000 – année où la Conférence épiscopale rend les dénonciations obligatoires – à la police ou à la justice les crimes de ces deux prêtres coupables.

 


Publié dans scandale "pédophile

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raphael charles 06/04/2010 19:54



Cher Daniel,


Mille bravos et mille mercis pour votre magnifique travail digne de tous les éloges !


Au risque de vous avoir fait perdre votre temps en me lisant !   



Geneviève 06/04/2010 12:32



Impeccable ! Clair comme de l'eau de roche ! On veut la suite !



Castelrey 05/04/2010 21:07



Les pharisiens étaient des gens qui avaient une connaissance remarquable des saintes écritures, ils étaient tout sauf sots. Finalement "hélas" pour eux...Maintenant Jésus est persécuté par des
journailstes et des animateurs de talk show, satan s'est modernisé, mais ça ne vole pas haut.Saint Michel Archange doit être impatient d'intervenir!



Patinet Thierri 05/04/2010 18:25



Crime contre l'Humanité


http://universality.info/mambo/index.php?option=com_content&task=view&id=662&Itemid=67


 


L'attaque en règle que subit l'Eglise Catholique est
symptomatique d'une tentative de subversion des Esprits dont l'outrance n'aura pas manqué de surprendre quelques uns. Le bien fondé de ces attaques passe ici par une voie particulièrement
écœurante, la pédophilie. Ce crime abject contre un enfant qui devrait être puni de mort, rencontre ici tout ce qui est masque et trahison des aboyeurs qui pensent être censeurs alors qu'ils sont
défenseurs. Que l'Eglise ait en son sein comme dans toutes sociétés humaines, fut-elle ouverte ou discrète, ses scories, personne n'a rien inventé en le disant. Qu'elle fasse le ménage à
l'intérieur de son Temple comme essaient de le faire certains Francs Maçons, rien à redire, sinon bien entendu que le catholicisme défend un Humain debout et non soumis. Ici le bat blesse et
s'ourdit par l'arrogance répugnante son procès. Cette arrogance sans bornes vient d'oublier une seule chose: il convient de balayer devant sa porte avant de balayer chez son voisin! Lorsqu'on
porte aux nues un cinéaste violeur d'enfant, des hommes politiques qui se vantent de leurs prouesses sexuelles avec des enfants, il convient de se calmer et prendre la mesure de ses actions qui
relèvent ni plus ni moins de celles de l'arroseur arrosé. Si l'Eglise dans sa charité ordinaire ne se fera pas écho des répugnances citées, nous ne pouvons que l'en honorer. Toutefois si l'on
intente un procès à son encontre, il convient d'intenter un procès à tous les zélotes de ce crime, qui sont des bataillons au regard des réseaux que la police met à jour, protégés, super protégés
par leurs coreligionnaires qui ont investis toutes les institutions, sectes immondes et barbares qui sacrifient des enfants au non de leur non-humanité et qui trépignent ce jour devant les
parasites qui ont investi l'église. Cette barbarie est partout et se décrète et s'autoproclame et se justifie. Nauséabonde elle hurle encore plus fort pour masquer sa pourriture, cette pourriture
qu'il convient de traquer en tous lieux et non seulement dans l'Eglise Catholique, et éradiquer de ce monde dans lequel les Enfants sont l'avenir. Il est bien évident que rien ne sera fait pour
cette traque, sinon par quelques services de police limités par des pouvoirs qui se servent de cette ignominie. Lorsqu'on pense aux millions d'enfants qui disparaissent chaque année dans ce
monde, cinquante mille personnes disparaissent rien qu'en France et pas moins de mille enfants, aux restes de cadavres trouvés dans la Tamise, ainsi qu'en France, aux réseaux de prostitutions qui
sévissent notamment dans les pays de l'Est, au Kosovo,


(http://www.amnestyinternational.be/doc/article3964.html


http://www.slavika.com/spip.php?article818


 http://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?id=764)


et ailleurs, aux témoignages accablants d'enfants sur
des sectes pratiquant le sacrifice d'enfant, (http://www.dailymotion.com/video/xxhsj_reportage-complet


http://occultation.over-blog.com/article-22616897.html


http://christroi.over-blog.com/article-19126319-6.html


http://frenzy.chez.com/bohemian.htm


http://www.barruel.com/info12.html)


Il serait peut être temps de nettoyer les écuries de
ce monde, et non seulement aboyer après l'Eglise  pour le parasitisme dont elle est atteinte. Conjointement, il serait temps de revoir le code pénal
qui garantit la survie des sadiques et des pervers qui pratiquent cette sous bestialité, revoir aussi le système éducatif qui sans se soucier de la sensibilité des enfants les abreuve d'une
éducation sexuelle basée purement sur des rapports physiques et en aucun cas moraux, enfin canaliser la pornographie en s'intéressant plus particulièrement à ses dirigeants et à leur origine, et
surtout laisser les pouvoirs de police travailler sans les contraintes de ces réseaux qui pourrissent tout ce qu'ils touchent. On le voit, le procès de l'Eglise Catholique n'est ici que pour
masquer la plaie putride qui ronge nos sociétés et dont il serait temps d'en purger les méfaits, de quelque réseau auquel appartient le contrevenant, qu'il soit satanique, maçonnique, politique,
religieux, quelque soit la religion. Que l'arbre ne cache pas la forêt de l'horreur qui officie en tous lieux, en toutes institutions. Ce procès doit être global et total. Car c'est le procès
d'un crime contre l'Humanité, qui est passible de la peine de mort, un crime envers le devenir de l'Humanité: nos Enfants. Gageons que rien ne sera fait ni par les Etats, ni par ces organismes
qui se prétendent internationaux ravagés par les concepts de Thanatos, où le mépris de l'Etre Humain encourage sans discernement à toute dépravation, relevant t'elle de la pédophilie elle même.
Les sectes s'auto protègent et la lutte contre elles doit être une priorité sans égale aujourd'hui, l'Eglise quand à elle devant faire son propre ménage des parasites qui l'ont insinués pour
mieux tenter de la détruire. En conclusion, je dirais que ces attaques contre l'Eglise ont le mérite de dévoiler la perversion de l'arrogance de cette



Roger Bélanger 05/04/2010 17:59



Monsieur Hamiche, vous faites un excellent travail que ne reprennent pas les pages des plus ou moins grands quotidiens.


Même si on leur rive le clou, ces feuilles-poubelles dont leurs auteurs se servent pour tenter d'emballer le Pape et l'Église ne cessent d'en rajouter. C'est comme quand j'épluche les patates sur
une feuille de journal. Je dois parfois ajouter une feuille afin de ne pas tout répandre par terre. Ce n'est pas ce qu'on y met qui est si mauvais; c'est la feuille qui est trop faible. Alors les
feuilles-poubelles-prétendues-présentatrices-de-faits-nouveaux ne sont qu'une répétitions de vacheries incroyables. Et il n'y a aucun arbitre sur le terrain qui puisse les envoyer au trou. C'est
dommage.


Ceci dit, vous devez continuer, sans vous lasser, de nous éclairer avec la compétence qui est vôtre et qui rive le clou avec aplomb à ces chiens qui aboient sans arrêt. Un dicton dit justement
que "les chiens aboient, la caravane passe".


Nos prières vous accompagnent et l'Église passera toujours une marche au-dessus de la racaille jusqu'à ce que la Porte se referme finalement derrière elle au nez des aboyeurs. J'ai la nette
impression que cela ne saurait tarder.


En attendant, vous êtes Veilleur de Nuit, Sentinelle dans la Tour de Guet. Ne lâchez pas, le Seigneur vous y a placé.