L’affaire des seringues d’Albany : de nouvelles précisions canoniques

Publié le par Daniel HAMICHE


J’en étais resté pantois dans un précédent article : Catholic Charities du diocèse d'Albany distribuant, au nom du « moindre mal » des seringues propres aux toxicomanes pour éviter la transmission d’infections graves (Sida, hépatite C…). La réplique du canoniste américain Ed Peters n’avait pas tardé… Le professeur a reçu depuis de nombreuses questions sur cet épineux problème et vient d’y répondre le 10 février dans un article de son excellent blogue In the Light of the Law. Voici sa réponse.

« J’ai avancé les arguments qu’en autorisant [la distribution de seringues] 1, l’évêque Hubbard d’Albany (et al.) coopère formellement* au mal de la toxicomanie. Cependant, comme il n’appartient à personne de juger de sa propre cause, je dois laisser à d’autres de décider si mon argumentaire contre la décision de l’évêque est adéquat.
En attendant, certains qui pensent que mes arguments sont corrects (ou qu’au moins j’ai renversé la charge de la preuve sur les autorités d’Albany) me demandent à présent qui pourrait avoir l’autorité ecclésiastique pour soit interdire à l’Église d’Albany de poursuivre la coopération à ce programme, ou de lui demander qu’elle justifie ses actions face aux arguments soulevés par ses opposants.
Je vais donc traiter de ces questions de procédure.
Tout fidèle est libre de faire savoir aux Pasteurs sacrés ses opinions sur des affaires qui touchent au bien de l’Église (canon 212), mais il ne dispose d’aucune base pour obtenir l’équivalent canonique d’une « mesure injonctive » ou d’un « jugement déclaratif » dans une affaire comme celle-là.
[L’archevêque] métropolitain de la province de New York n’a aucune autorité pour intervenir dans cette action faite par une Église suffragante, mais s’il admet ou craint que l’action d’Albany est un « abus » de « discipline ecclésiastique », il pourra informer de cela le Pontife romain (canon 436).
L’USCCB [Conférence épiscopale] n’a aucune autorité pour intervenir directement sur cette action d’une Église particulière. L’USCCB pourrait, je le suppose, publier une opinion quant à la licéité morale de ce programme, mais pour aller au-delà de cela, toute intervention formelle de la Conférence devrait obtenir l’accord préalable de Rome (canon 455).
La Congrégation pour la Doctrine de la foi (ap. con. Pastor Bonus, 48, 50) et la Congrégation pour les Évêques (ap. con. Pastor Bonus, 79) ont, je le pense, l’autorité pour obtenir de l’évêque l’explication de ces actions et (tout particulièrement dans le cas de la CDF) elles ont aussi l’autorité pour demander au diocèse de mettre un terme à sa coopération avec le programme si elles estiment que cela est incohérent ou contraire à l’enseignement ou à la pratique de l’Église. Que des dicastères romains estiment que ces faits sont d’un niveau tel qu’ils méritent leur attention, ce n’est pas à d’autres de le dire.

* Au-delà de la possibilité que ce programme [d’échange de seringues] puisse constituer une coopération formelle à un acte mauvais, existe la possibilité qu’il constitue une coopération au mal immédiate et matérielle et que sur cette seule base il devrait être arrêté. Je me suis concentré sur la question d’une coopération formelle laissant à d’autres d’argumenter contre ce programme dans la mesure où il pourrait être une coopération matérielle inacceptable. Si ce programme manque de justification morale selon l’une ou l’autre des rubriques (formelle ou matérielle), évidemment on devrait l’arrêter. »


1. En anglais needle-exchange program, grosso modo en français : programme de remplacement ou d’échange d’aiguilles hypodermiques (en fait de seringues).





Publié dans évangile de la vie

Commenter cet article

Alain 13/02/2010 21:39


cher Castelrey
le réel problème est la dépendance à la drogue. la seringue n'est que l'ustensile pour s'injecter l'héroine dans les veines.
Un toxicomane trouvera toujours une seringue , propre si possible et usagée s'il ne peut pas faire autrement.
Il l'a nettoiera avant avec de la javel si possible pour tuer les microbes. 
Beaucoup ne voit les drogués que comme des épaves ou des loques que l'on croise assez souvent dans les associations ou ailleurs. Mais cette population n'est que la partie visible de l'iceberg. ils
ne représentent, je pense, que 10 % de la masse des toxicomanes.
Les 90 % restant sont insérés dans la société, ils travaillent la plupart du temps et essaient de ne pas se faire remarquer et sont bien conscients du piège dans lequel ils sont tombés et ils
essaient assez régulièrement de s'arrêter.
Certains y arrivent et d'autres non.
Donc le problème est réellement la dépendance à la drogue.
Mais si quand ils s'ouvrent enfin les yeux du piège de la drogue et qu'ils ont été malheureusement contaminés par le virus du SIDA, alors là c'est la fin du monde. l'avenir est compromis, espérer
reprendre une vie normale comme tout le monde et tirer un trait sur cette période tragique de leur vie devient impossible.
Etre victime de la drogue c'est un peu comme pour la cigarette , au début on essaie pour faire comme les grands ou comme les autres ( du même âges ) et un jour on essaie de s'arrêter et bien
souvent on y arrive.
donc il est important que les toxicomanes puissent se procurer non pas avec trop de facilité des seringues mais au moins sans trop de difficulté
j'exagère un peu mais c''est comme si vous cacheriez des verres à des alcooliques, ils boieront évidemment à la bouteille. le problème est la dépendance à l'alcool et non pas les verres.
La plupart des toxicomanes qui font partie des 90 % de discrets ( si on peut dire ) arrivent tôt ou tard à s'arrêter de se droguer et bien souvent ils ne sont pas rattraper par la drogue mais par
le SIDA et c'est lui qui les tuent et non pas la drogue.
Pratiquement tous mes amis sont morts du SIDA et non pas de la drogue.
Très peu sont morts d'overdose ou assassinés.
voilà pourquoi je crois qu'il ne faut pas interdire l'accès aux seringues pour les toxicomanes, non pas pour les inciter à se droguer mais pour leur permettre d'être rattraper par la vie et non pas
par la mort.
Il ne faut pas non plus oublier leurs familles, les pères, les mères, les frères, les soeurs et les amis qui souffrent aussi de ce drame et qui plus tard souffriront non plus de la drogue mais de
la maladie du SIDA.
voilà cher Castelrey, peut-être que vous verrez les choses autrement ?
bonsoir
Alain


castelrey 13/02/2010 16:59


Merci d'avoir été courtois cher Alain, pourriez-vous développer s'il vous plaît,

(je veux bien comprendre tout de même)

Castelrey 


Alain 13/02/2010 13:11


bonjour Castelrey
non, je ne suis pas le medecin que vous avez connu.
je suis quelqu'un qui aura le mois prochain 44 ans et qui a été toxicomane à l'héroine injectée par intraveineuse donc avec des seringues pendant 15 ans et cela fait déjà 16 ans que je ne le suis
plus grâce à Dieu.
c'est pourquoi cher Castelrey que je pense connaître assez bien ce sujet contrairement aux intellectuels ou autres bons penseurs.
mais je reconnais qu'il est toujours facile d'être moraliste pour les autres.
bien amicalement
Alain


Castelrey 13/02/2010 03:38


Et je remet mon commentaire puisqu'il n'est pas passé :

imaginez un toxicomane qui se tue avec des seringues propres (car la drogue c'est bien mortel, non?), c'est une absurdité sans nom. 


Castelrey 13/02/2010 03:36


Pour Alain, Alain j'espère que vous n'êtes pas médecin car vous me rappelé un Alain "médecin" ab-so-lu-ment pas recommendable. J'ai payé très cher pour avoir vu une raclure tel que lui, c'est de
l'autre côté qu'il va déchanter celui-là....