L’histoire de Simon Bruté de Rémur racontée par l’archevêque Buechlein d’Indianapolis (II)

Publié le par Daniel HAMICHE

 

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Cloître de l'ancienne abbaye bénédictine Saint-Melaine de Rennes

 

 

 

II

 

Simon Bruté endure une tragédie précoce et l’anti-catholicisme

 

 

Le premier évêque de l’Indiana, Simon Guillaume Gabriel Bruté de Rémur, naquit à Rennes, capitale de la province de Bretagne dans la nuit du 20 mars 1779. Il fut baptisé le matin suivant dans l’église de la paroisse Saint-Germain. Sa mère et son père étaient de remariés, le premier mari de l’une et la première épouse de l’autre étant décédés. Son père avait eu sept enfants du premier lit. Simon et son frère Auguste sont nés du second mariage de leurs parents.
Simon écrivit un jour que sa mère lui avait dit alors qu’il était enfant : « Vous étiez né pour vivre dans l’aisance. » Sa famille avait hérité de la charge « d’imprimeur du Roi et du Parlement ». Son père était surintendant des finances des domaines royaux de Bretagne. Les Bruté vivait dans un appartement situé dans une aile du Palais du Parlement de Rennes. Leur aisance fut toutefois de courte durée. En 1786, alors que Simon avait 7 ans, son père mourut subitement des suites d’une lourde intervention chirurgicale rendue nécessaire par une chute de cheval. À son décès, on découvrit que ses finances étaient en déroute car il avait prêté à des amis de fortes sommes d’argent qui n’avaient jamais été récupérées. Sa mère fut contrainte de pourvoir aux besoins de ses deux fils. Elle leur inculqua la foi, la discipline et le dur labeur.
Simon n’avait que 10 ans quand l’assaut fut mené contre la Bastille, 13 ans quand Louis XVI fut guillotiné. Neuf mois plus tard la reine Marie-Antoinette subissait la mort par la guillotine. L’Assemblée constituante avait voté la constitution civile du clergé ce qui plaçait la Révolution française en opposition à l’Église. En fait, l’intention était de “dé-catholiciser” la France.
La Révolution française eut une profonde influence sur les jeunes années de Simon. Sa mère, une femme à la robuste foi catholique, cachait deux prêtres dans son appartement, ce qui présentait un grand risque. Elle construisit un autel secret sur lequel les prêtres pouvaient chaque jour célébrer la Messe à laquelle elle assistait avec ses deux fils, Simon et Augustin. Quand les prêtres devaient aller trouver refuge ailleurs, Madame Bruté rassemblait chez elle des amis pour prier en l’absence de prêtre les dimanches matin.
Dès son plus jeune âge, Simon était porter à dessiner des lieux et il accompagnait ses dessins de notations afin d’en garder le souvenir. Un croquis illustre l’impact qu’eut sur lui la Révolution française. Il représente la cathédrale de Rennes, l’ancienne église abbatiale de l’abbaye de Saint-Mélaine, fondé par saint Mélaine, un des tout premiers évêques de Rennes. Simon écrivit cela sur son premier souvenir des bénédictins de l’abbaye où il assistait aux services religieux en 1787-1788. Il a écrit qu’en 1791, l’église et l’abbaye furent usurpées par le clergé acquis à la Révolution. En 1792, l’église et l’abbaye furent transformées en prison pour le clergé catholique demeuré fidèle à ses vœux et ayant refusé de prêter le nouveau serment. Il écrivit : « Je leur ai rendu visite à deux reprises alors qu’ils étaient enfermés ici, déguisé en mitron, un grand panier à pain sur ma tête. » En 1793, l’église fut transformée en écurie pour la cavalerie puis, en 1795, en hôpital.
Selon d’autres témoignages, quand il était garçon, et en de nombreuses occasions, il apportait l’Eucharistie, accompagné d’un prêtre déguisé en boulanger. En raison des conditions pitoyables dans les prisons, les geôliers accordaient l’entrée à ceux qui apportaient de la nourriture aux détenus. Simon apportait l’Eucharistie. Le prêtre-boulanger entendait les confessions du clergé emprisonné. Les visites de Simon au clergé emprisonné se faisaient au risque de sa vie.
Sa première éducation débuta avant que les premiers effets de la Révolution soient ressentis à Rennes et, ensuite, elle fut largement le fait d’un tutorat privé par des prêtres qui s’y cachaient. Pendant toute cette époque, Simon travaillait à l’imprimerie de sa mère. Il continuait à se confesser à un prêtre clandestin et en recevait la communion.
Avec la chute de Robespierre, au cours de l’été 1794, ce qu’il y avait de pire dans le règne de la Terreur commença à s’atténuer. Au lieu d’être exécutés, les prêtres étaient condamnés à la prison à vie ou au bannissement.
Simon commençait à songer à un métier, mais il avait décidé de ne pas être impirmeur. Il choisit d’entreprendre des études de médecine. Au début, ses études purent s’effectuer à Rennes où Simon devint l’apprenti d’un praticien catholique local, le Dr. Duval. À une époque où les exigences strictes pour l’exercice de la médecine n’existaient pas, Simon lisait les livres qu’il trouvait sur les étagères du docteur et accompagnait son mentor lorsqu’il visitait ses patients. En ces temps-là, un médecin devait aussi être son propre pharmacien. Après deux années, Simon alla poursuivre ses études de médecine à Paris. L’instante foi catholique de Madame Bruté et son courage face à d’éventuelles persécutions eurent une influence profonde sur son fils Simon. Sa force de caractère naissante, sa foi personnelle et son évidente préoccupation pour le clergé emprisonné reflétaient celles de sa mère.

 

 


Demain :
III. Simon Bruté abandonne une carrière médicale prometteuse au profit du sacerdoce

 

 

© Most. Rev. Daniel M. Buechlein, Archbishop of Indianapolis (Indiana).
© Daniel Hamiche pour la traduction française.

 

 

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