L’histoire de Simon Bruté de Rémur racontée par l’archevêque Buechlein d’Indianapolis (III)

Publié le par Daniel HAMICHE

 

Bonaparte Premier Consul

 

 

 

III.

Simon Bruté abandonne une carrière médicale prometteuse au profit du sacerdoce

 

 

À l’âge de 20 ans, le futur évêque fondateur de l’Église en Indiana, quitte Rennes, la capitale de la Bretagne, pour Paris.
Ce fut un immense changement pour Simon Bruté que la poursuite de ses études de médecine. Sa mère caressait l’espoir que son fils deviendrait un grand, et même un célèbre chirurgien. Si cela devait se produire, il fallait que Simon intégrât la meilleure faculté de médecine de France.
Madame Bruté savait bien que Paris avait été le centre de la folie révolutionnaire. Sachant aussi que la grande ville était le centre de la licence, elle rédigea de manière précise un ensemble de règles que Simon aurait à observer. En même temps que des instructions pour se maintenir en bonne santé, Simon fut avisé de ne point trop s’impliquer dans les affaires publiques et de ne pas se retrouver en mauvaise compagnie. Il fut dissuadé de fréquenter les théâtres.
Sur l’aspect positif des choses, elle encourageait son fils à observer ses devoirs religieux, à se trouver un confesseur, à lire la Bible et les œuvres de saint François de Salles. Quant aux études de médecine, bien maîtriser quelques sujets valait mieux que d’en apprendre beaucoup superficiellement.
À cette époque la Faculté de Médecine de Paris était considérée comme la meilleure du monde. Quatre, au moins, des professeurs de Bruté conservent aujourd’hui encore une place dans l’histoire de la médecine pour leurs contributions au traitement humain des aliénés, dans les domaines de la chimie, de l’étude de l’anatomie et de la chirurgie. Le souci de Madame Bruté pour les valeurs spirituelles et religieuses de Simon ne fut pas déçu.

À l’époque post-révolutionnaire, il n’était pas rare que les professeurs se considérassent dépositaires, en tant que scientifiques et philosophes, du dénigrement de la religion et des « superstitions » de l’Église catholique. Beaucoup de jeunes et brillants étudiants en médecine étaient tout disposés à refléter l’esprit de certains de leurs professeurs. Toutefois, le cynisme et le scepticisme religieux n’étaient pas partagés par tous les étudiants en médecine. Simon Bruté et quelques autres de ses condisciples constituèrent une confraternité religieuse et trouvèrent un prêtre modérateur pour les aider. Plus tard, Simon écrira qu’avoir conservé la foi à Paris devait être crédité à l’influence de ce prêtre modérateur et à s’être associé à des condisciples pensant comme lui.
Lui et ses condisciples choisirent des sujets pour leurs thèses leur procurant l’occasion d’affirmer leur foi catholique. Selon toute apparence, cette controverse à la faculté de médecine attira l’attention du Premier Consul, Napoléon Bonaparte. Ses motivations ne sont pas claires, mais on a dit qu’il ordonna aux professeurs de la faculté de médecine de s’en tenir strictement aux sujets de leurs programmes et de s’abstenir de critiquer la religion.
Au cours de ses études de médecine, le souci caractéristique de Simon pour l’un de ses confrères injustement jeté en prison pour avoir procuré des soins médicaux à un homme suspecté d’être un conspirateur, le porta à intervenir pour obtenir la grâce de son ami. Son intervention attira l’attention de Napoléon Bonaparte. On crédite aussi Simon d’avoir organisé un groupe de prêtres qui, sous des déguisements, purent donner l’absolution près d’un échafaud à un condamné catholique condamné à être guillotiné.
Simon se révéla être un brillant étudiant en médecine. En 1802, peu de temps avant d’être diplômé, il obtint le très convoité Prix Corvisart décerné au plus talentueux étudiant en médecine. Le concours était ouvert à l’ensemble de 1 100 étudiants de la Faculté de Médecine et le lauréat était désigné à l’issue d’un processus constitué d’épreuves écrites et orales. Ce prix garantissait à Simon une lucrative carrière de médecin en France. En vérité, et bien qu’il ne l’ait pas recherché, après son internat Simon fut nommé médecin au Premier dispensaire, le plus grand centre de soins médicaux de Paris. Cette nomination portait la marque de l’intervention de Napoléon Bonaparte. Il semblait que ce n’était qu’une question de temps avant que Simon soit nommé professeur à la Faculté de Médecine.
Toutefois, Simon Bruté refusa cette nomination gouvernementale. Sa mère en fut stupéfaite. À la surprise de tous, Simon avait décidé qu’il voulait devenir prêtre. Il avait persévéré dans les études et les avait menées avec honneur et distinction. En geste de reconnaissance, il envoya son Prix Corvisart à son premier maître et mentor rennais, le Dr. Duval.
Madame Bruté n’avait pas la moindre idée que son fils eut pu ressentir une vocation au sacerdoce. Finalement, il tentera de la convaincre que si c’était une noble mission que de devenir docteur pour soigner les maladies du corps, c’en était une plus noble encore que de guérir les maladies de l’âme. La mère ne fut pas convaincue et s’opposa avec véhémence à sa décision de devenir prêtre.
Elle l’avait conseillé avec sagesse de prendre toute disposition pour protéger et entretenir sa foi catholique dans cette culture parisienne d’après la Révolution. Elle s’était inquiétée d’un environnement anti-religieux sans réaliser, peut-être, que la forte influence qu’elle avait sur lui finirait, involontairement, à mener son fils à entreprendre des études pour devenir prêtre.

 

 

Demain :
IV. Malgré bien des obstacles, Simon Bruté est ordonné prêtre.

 

 

 

© Most Rev. Daniel M. Buechlein, Archbishop of Indianapolis (Indiana).
© Daniel Hamiche pour la traduction française.

 

 


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