ObamaCare : et si la conférence épiscopale s’était trompée de stratégie ? (2)

Publié le par Daniel HAMICHE



Hier, je vous proposai de découvrir l’analyse de Deal Hudson, assez critique de la stratégie de l’administration de la Conférence épiscopale sur l’ObamaCare.
Comme promis, je vous suggère aujourd’hui de prendre connaissance des commentaires de Phil Lawler, directeur de CatholicCulture, qui ne sont pas moins critiques…

*

« Dans le débat qui se poursuit sur l’ObamaCare – une proposition de loi toujours très animée – les évêques américains continue à jouer un jeu très dangereux.
Pendant des mois la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB) a énergiquement fait la promotion d’une réforme radicale du système de santé tout en s’opposant avec autant d’énergie à toute législation qui subventionnerait l’avortement. Le résultat de cette attitude c’est la confusion. Les défenseurs comme les opposants de l’ObamaCare disent être soutenus par les évêques américains et les deux côtés peuvent produire des déclarations qui vont dans leur sens.
La politique, par nature, est une affaire partisane. Les législateurs entendent savoir si oui ou non ils peuvent compter sur votre soutien. Quand le débat est brûlant – et le débat sur la réforme de la santé a été très brûlant – les hommes politiques veulent une réponse à une question simple : êtes-vous avec moi ou contre moi ? Les subtilités du genre “je serais avec vous si…” ou “je serais contre vous mais…” ne comptent pas quand vient le décompte des voix.
Dans cette bataille politique très importante, l’USCCB a conçu une stratégie qui a rendu la contruction d’une alliance efficace impossible. La conférence des évêques n’a cessé de se tenir aux côtés des défenseurs d’une réforme du système de santé dans leurs intentions politiques générales, s’aliénant ainsi les législateurs conservateurs qui auraient pu être leurs meilleurs alliés dans les batailles pro-vie. Puis ils ont insisté pour que le projet de loi soit neutre en matière d’avortement, indisposant ainsi les plupart des défenseurs Démocrates de l’ObamaCare, qui sont généralement sympathisants du lobby de l’avortement. Aucun des deux camps n’a vu dans l’USCCB un ami fiable.
Très tôt dans ce débat, d’autres organisations pro-vie de Washington ont constaté ce que les évêques américains n’ont jamais pu arriver à admettre par eux-mêmes : aucune proposition de réforme du système de santé émanant du président Obama et de ses alliés au parlement ne pourrait être favorable sur la question de l’avortement (pour ne rien dire de la contraception, de la stérilisation et de la recherche sur les embryons). À l’exception remarquée de l’USCCB, le mouvement pro-vie était fermement uni dans son opposition à l’ObamaCare.
Le mouvement pro-vie s’est donc réjoui quand l’élection du sénateur Scott Brown a mis un terme à tout espoir réaliste d’une mise en vigueur rapide des propositions Obama. Mais, encore une fois, les évêques américains constituèrent l’exception. Plutôt que de manifester un soupir de soulagement et de reconnaître un recul de la culture de mort, le porte-parole en chef de la Conférence épiscopale publia un nouvel appel pour la réforme du système de santé la qualifiant de “bien public, d’impératif moral et de priorité nationale urgente.” David Gibson, un commentateur libéral aussi sérieux qu’astucieux fit ce commentaire : “Un ecclésiastique avec lequel je me suis entretenu m’a dit que les évêques étaient surpris de la victoire de Brown et qu’ils étaient inquiets de la rapidité avec laquelle les Démocrates semblaient abandonner tout effort pour faire passer une quelconque version de la réforme du système de santé”.
Ainsi, alors que les militants pro-vie fêtaient une étroite échappatoire, l’USCCB était prête à replonger dans de périlleux détroits.
Dans leur supplication aux législateurs de poursuivre la bataille pour la réforme du système de santé, les hauts représentants de la Conférence épiscopale américaine pressèrent le Congrès de “laisser de côté les divisions partisanes et les pressions d’intérêts particuliers”. Ils semblaient oublieux du fait que la plupart des observateurs voient les évêques eux-mêmes comme des représentants “d’intérêts particuliers”. En appelant les hommes politiques à accepter des compromis, les évêques provoquaient virtuellement la réponse qu’eux aussi devraient accepter des compromis et soutenir un projet de loi autorisait le financement de l’avortement.
L’USCCB a tenté d’avoir une position nuancée sur le débat public le plus diviseur de notre époque. Cela revient à s’armer d’une tapette à mouches dans un combat aux couteaux : on peut vous garantir que d’une manière ou d’une autre vous serez perdant. »

Ces deux textes qui se complètent constituent des contributions de première importance. Il sera bon de les avoir en mémoire quand – la chose est désormais, sauf miracle, probable – la loi sera passée. Il y aura alors des pleurs et des grincements de dents à l’USCCB. La faute à qui ?


lawlerp




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castelrey 14/03/2010 03:31


Au départ dans notre société il y avaient des médecins libéraux et des hôpitaux, la plupart des hôpitaux étaient tenus par des religieux, alors que les médecins, laïcs, étaient déjà beaucoup plus
soucieux de leurs sous plutôt que de leurs patients. Digression... On constate malgré tout que, par exemple, les médecins des hôpitaux prodiguent des soins, et surtout des diagnostiques, de
meilleur qualité que les libéraux.

Quelle est la part de médecins-profession-libérale pro-avortement? Quelle est l'influence de ce lobby (dans le cas spécifique des Etats Unis)?


luc perrin 13/03/2010 23:17


L'analyse faite est à la fois juste, si l'on est cynique comme ces 2 analystes : on cherche "l'efficacité" à courte vue au détriment de ce qui est juste. L'épiscopat américain a eu une position
équilibrée et conforme à la doctrine sociale de l'Église. Il est évident que le système américain de santé est un désastre inégalitaire, épouvantablement onéreux et laisse des millions de gens sans
soin. Comment peut-on penser que l'USCCB puisse se présenter comme solidaire d'un tel échec ? Sachant que déjà Roosevelt avait cette réforme en chantier, le constat d'une carence est fait depuis
très longtemps aux USA. Je me réjouis de savoir que l'USSCB n'est pas solidaire du lobby médical. En revanche, et très logiquement, les évêques s'opposent à la manoeuvre des libéraux qui entourent
l'actuel président pour faire entrer plus d'avortement et la suppression de la clause de conscience dans le projet de loi. Ils sont donc pour la réforme, une position de "oui mais" : oui à la
réforme mais sans élargissement des politiques anti-vie. C'est très clair et pas simpliste : peut-être pas "mobilisateur" mais la mission de l'USCCB n'est pas d'être une annexe du parti de
l'éléphant.


Jacques 13/03/2010 18:12


Le probleme est le suivant: La majorite des pretres sont des liberaux, des gauchistes (tous issus de la generation gatee - baby boomers). Je travaille pour une grande congregation religieuse aux
USA et je suis silencieusement scandalise par leurs parti pris socialistes. L'affaire de l'avortement les empoisonne car c'est un probleme qui les accule a revoir leurs convictions politiques. In
corde Jesus